Le soleil vient juste de se coucher quand le train s’arrête. Je glisse ma baguette dans une poche, comme j’ai vu les autres faire. Je remets mon sac sur les épaules et prends la cage de Feuille-au-vent dans les bras.

Sur le quai, bien évidemment, beaucoup de monde et de bousculade. Lorsque la foule s’éclaircit, une voix forte retentit : “Les premières années ! Les premières années ! Par ici, s’il vous plait.”

Je m’approche.

“Mettez vos sacs dans le chariot à ma droite, et les cages dans celui à gauche.”

Une petite femme chauve avec un long nez et de longues oreilles pointues est juchée sur une haute estrade. Elle agite une lanterne qui fait la moitié de sa taille, tout en répétant les consignes.

Je pose mon sac au milieu des ceux des autres, mais hésite à laisser Feuille-au-vent seule.

– C’est une belle chouette-mousue que vous avez là mademoiselle. Un animal rare.

L’homme qui a parlé s’approche depuis l’arrière du chariot. Je ne peux m’empêcher de le détailler de la tête aux sabots.

C’est un très grand homme avec des cheveux foncés attachés en arrière. Il porte seulement une veste de cuir sans manche. À partir de la taille, c’est un cheval. Ma tête est à peine plus haute que ces pattes.

– Bon-j-jour.

Il me retourne un grand sourire

– C’est la première fois que vous voyez un centaure, demoiselle ?

– O-oui.

– Vous vous habituerez. Je m’appelle Tyredes. Je suis garde-chasse à Skolhub, nous nous recroiserons donc pendant votre scolarité. Puis-je prendre votre chouette ? Je dois l’emmener à l’école pour qu’elle puisse prendre ses quartiers elle aussi.

Voyant que j’hésite encore, il ajoute :

– Nous la traiterons bien, rassurez-vous et vous pourrez la retrouver après le repas.

Il tend la main.

Je chuchote “On se retrouve très vite.” à la jeune chouette qui hulule doucement en réponse. Et donne la cage à Tyredes.

– Elle s’appelle Feuille-au-vent. Elle n’aime pas être en cage.

– Enchantée, Feuille-au-vent." dit le centaure, tout en plaçant la cage dans le chariot prévu.

Je me tourne de nouveau vers l’estrade.

“Bien bien bien. Maintenant que toutes vos affaires ont été récupérées … Ne vous inquiétez pas ! Vous les retrouverez dans votre dortoir après le repas. Je me présente. Zik, gardienne des clés et des lieux à Skolhub … Et oui, pour ceux qui se posent la question, je suis une gobelin. Pas de quoi en faire un tartare ! Maintenant, suivez-moi, nous allons prendre les calèches pour aller à l’école.”

Elle descend de son estrade et traverse le groupe de jeunes rassemblé sur le quai.

Ils quittent la gare pour descendre une rue parallèle et arrivent sur une place où sont stationnées des calèches. Aucun animal n’y est attelé.

“Allez ! En rang, les enfants … Six par voiture … Un , deux, trois, quatre, cinq et six. Allez ! Au château !”

Plusieurs véhicules partent avant que ce ne soit à mon tour. Une fois que toutes les places sont prises. Zik tapote la calèche en répétant “Allez ! Au château !” et l’engin se met à avancer tout seul.

Les 5 autres première année qui partagent le trajet avec moi, se prénomment Andrew, Embry, Daisy, Norvel et Arundel.

Nous échangeons peu pendant le trajet. Seul Arundel se montre amical avec moi et aussi un peu Daisy, même si je pense que c’est parce que je suis la seule autre fille. Les autres se contentent de me lancer des regards de temps à autre.

Je hoche la tête poliment au bavardage de mon voisin. Je le relance avec d’autres questions sur sa famille avant qu’il ne m’en pose.

Arundel m’explique ainsi que ces parents ont dû beaucoup économiser pour payer l’inscription et ses affaires d’école. Sa baguette et sa cape sont neuves, mais le reste a du être acheté d’occasion ou fabriqué par sa famille. Il semble très fier de son entourage et espère devenir un bon sorcier pour leur rendre la vie plus facile. Après tout, c’est le premier à avoir des pouvoirs.

Il faut une quarantaine de minutes pour arriver dans le parc de l’école.

Des lanternes ont été disposées sur les derniers mètres du chemin, puis se poursuivent sur un escalier et une terrasse jusqu’à la grande porte d’un château de pierres blanches.

Les véhicules s’arrêtent les uns après les autres près des marches. Les enfants en descendent sous le regard attentif de Zik. Puis les calèches s’éloignent dans la nuit.

Une fois tous les élèves débarqués, la gobelin les conduit jusqu’à la grande porte. L’ouvre d’un geste. Les fait traverser le hall, puis tourner à gauche jusqu’à ce qu’ils arrivent devant une autre grande porte.

“Un peu de calme et de silence maintenant les enfants.”

Elle attend que les murmures s’arrêtent et reprend : “Derrière cette porte se trouve la grande salle où aura lieu le repas. Celui de ce soir et tous ceux de votre scolarité. Mais d’abord, vous allez être répartis dans vos Familles … Quand les portes s’ouvriront, vous avancerez jusqu’au bout de la pièce, en silence. La directrice vous expliquera la suite de la cérémonie. Soyez attentifs.”

De longues secondes passent avant que la porte s’ouvre.

“Allez ! Avancez ! Jusqu’à l’estrade. Ne vous arrêtez pas.” leur intime-t-elle.

Le groupe s’engage en silence dans cette nouvelle salle.