JDR : Village Witch


Ma très chère Suzanne,

Voilà déjà plusieurs semaines que nous nous sommes séparées. J’espère que ton installation dans le village de Sarlun s’est bien passés et que tu trouves tes marques.

Je suis pour ma part installée à Mausir, dans un charmant cottage style anglais. Il est un peu en dehors de la ville et dénote carrément avec les immeubles de brique que l’on y trouve. Les stéréotypes ont la vie dure. Au moins je ne suis pas dérangée par le bruit et les lumières constantes.

J’ai appris à faire du vélo ! C’est plus discret et pratique qu’un balai pour faire les courses ou voir des clients.

La maison possède un petit jardin, mais il est envahi de mauvaises herbes. Tu en serais désespérée. Ca se voit qu’il n’y a pas eu de sorcière depuis longtemps. J’ai mis deux jours entiers pour enlever toute la poussière et briquer le cottage du sol au plafond. Il y a peu de meubles mais ils sont tous en bon état, soigneusement préservés sous des housses. La première fois que je suis entrée, j’ai cru voir une assemblée de fantômes.

Si je suis honnête avec toi et avec moi-même … ce ne sont pas n’importe quels fantômes que j’ai cru voir.

J’y ai vu ceux de la Bande. Ils étaient là ! Ils m’ont suivi jusqu’ici.

Ce n’est que lorsque Madeleine (la logeuse qui m’a fait la visite) a soulevé un des draps que je me suis mise de nouveau à respirer. Ce n’était que des meubles.

Encore aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’il m’a pris le jour où je les ai rencontrés, ni pourquoi je suis resté aussi longtemps avec eux, ni pourquoi je les ai autant suivis. Maintenant je sais que j’ai fait du mal. Que j’ai abusé des dons qui sont les miens. Mais à l’époque, je ne ressentais que la puissance, le fait de plier les gens, le monde, à ma volonté, leur volonté.

J’ai conscience d’être allé très loin, trop loin sans aucun doute. Et que sans l’École … J’aurais fait pire encore. Serait devenue pire.

Alors aujourd’hui assise au bureau dans cette petite habitation qui est à présent la mienne, je pense à la chance que j’ai eue, j’ai. D’être là. A pouvoir t’écrire. Loin des fantômes de mon passé. Loin de leur influence.

Je te remercie Suzanne.

Et j’espère de tout coeur que ton affectation te plaît et que tu t’y sens chez toi.

J’ai hâte d’avoir de tes nouvelles.

A. 🐦‍⬛