Ce soir encore, je récupère un bout de papier dans la boîte à pourboire. L’écriture est toujours soignée. Uniquement un nom : Bradley Keats. Qu’est-ce qu’il est arrivé à cette pauvre âme ?

Je ferme le capot du piano sur lequel je jouais ce soir, salue le barman, récupère mon manteau et sors dans la rue.

Je trouve un abri contre la pluie en plus d’un annuaire dans une cabine téléphonique proche.

Il n’y a qu’un seul Bradley Keats de listé ! Je recopie avec soin son adresse et numéro dans mon carnet. Ce n’est pas tout près d’ici.

Je choisis de repasser chez moi, me changer, avant d’appeler un taxi. J’y serais aux premières lueurs de l’aube.

Le taxi me dépose à une rue de ma destination. Je réajuste mon chapeau le temps qu’il s’éloigne.

L’adresse est occupée par un immeuble bas de gamme. Que les occupants entretiennent du mieux qu’ils peuvent, avec leurs moyens.

La porte principale n’est pas fermée, aussi je peux rentrer sans bruit. Mais une fois la porte fermée, je me rends compte que je ne suis pas seule dans le hall.

Une femme entre deux âges finit de descendre les escaliers.

– Bonjour madame, la saluais-je.
– Bonjour, que faites-vous ici ?
– Je cherche monsieur Keats, habituellement je le rencontre régulièrement, mais pas ces derniers temps.
– Monsieur Keats, dites-vous ? Comment le connaissez-vous ?
– Nous nous croisons régulièrement au café et il nous arrive de discuter.
– Et pourtant vous connaissez son adresse ?
– Il a mentionné quelquefois habiter dans cette rue. J’ai cherché son nom sur les boites de courrier, avouais-je en baissant la tête. Je ne souhaite pas déranger qui que ce soit, simplement m’assurer qu’il va bien.
– Il est vrai que monsieur Keats est quelqu’un de bien. Il prend toujours le temps d’échanger quelques mots quand nous nous croisons.
– Avez-vous eu de ces nouvelles récemment ?
– Malheureusement, j’ai entendu dire qu’il était mort il y a quelques jours.
– Oh ! Cela me rend si triste de l’apprendre. Savez-vous de quoi il est mort ?
– J’ai entendu dire qu’il serait mort près de l’église. Quelqu’un qui l’a vu ce soir-là dit qu’il semblait être en train de fêter quelque chose. Sans doute son abus de boisson qui lui a été fatal.
– C’est vraiment triste ce qui lui est arrivé. Je vous remercie pour vos renseignements, je ne vous retiens pas plus.
– Oui. Je vous souhaite une bonne journée, dit-elle en partant.
– Merci, vous de même.1

Je reste dans le hall encore une seconde avant de me diriger à pas de loup vers les étages.


  1. J’ai joué le dialogue entre les deux femmes avec l’outil Let’s Talk. Sur le papier, il me semble très intéressant. Je réserve mon avis pour plus tard, quand je l’aurai plus utilisé. ↩︎