JDR : 5 min en défunte compagnie
Les yeux dans le vague, je touille distraitement mon café noir en écoutant mon client du jour. Certains n’attendent pas que je sois arrivé à mon bureau pour me solliciter. Ajouter un verrou n’aurait rien changé. Et pour cause : aucun verrou n’a jamais arrêté un fantôme.
Je dois mon client matinal à Bernie, la vieille liche qui me rend visite quand elle s’ennuie trop dans son caveau. Ce qui arrive très souvent. Nous finissons généralement la soirée en parlant de la vie et de la mort, tout en sirotant du whisky de 20 d’âge. Faut dire qu’elle connaît le sujet.
Je le laisse parler le temps de boire mon café puis je mets l’ancien marin à la porte en prétextant qu’un rendez-vous important m’attend. En vérité, j’ai seulement envie de solitude et d’une douche chaude.
La journée se passe comme d’ordinaire entre des recherches pour les vivants sur les morts et celles des morts sur les vivants.
La nuit tombe déjà et avec elle, la pluie. Au moins je ne verrais pas Bernie ce soir. Il craint la pluie autant qu’un vieux morceau de parchemin.
Mes rêves m’emmènent sur un bateau, en pleine tempête. Je reconnais le marin de ce matin. Je me débat pour ne pas me noyer dans ses souvenirs. Je sens l’eau remplir mes poumons, quand un hurlement retentit dans mon appartement, me projetant dans le monde réel.
Le soleil n’est pas encore levé qu’un client m’attend déjà.